Authentification des numéros (MAN) : pourquoi vos appels sortants sont masqués

Réponse rapide

Depuis le 1er janvier 2026, la décision Arcep n° 2025-2215 du 2 décembre 2025 impose aux opérateurs de masquer tout numéro mobile français non authentifié sur les appels provenant de l’étranger, et de bloquer les appels dont l’authentification échoue. Pour un dispositif de call tracking, la conséquence est directe : un numéro de pool DNI ne peut être affiché en sortie que si votre opérateur dispose d’une délégation d’affichage valide. Sans elle, vos rappels partent en numéro masqué — et le taux de décroché s’effondre.

Ce qu’est le MAN et pourquoi il vous concerne

Le mécanisme d’authentification des numéros (MAN) est le dispositif français issu de la loi du 24 juillet 2020 visant à encadrer le démarchage téléphonique et à lutter contre les appels frauduleux. Techniquement, il repose sur les protocoles STIR/SHAKEN : chaque opérateur signe les appels qu’il émet avec un certificat électronique, attestant qu’il est bien à l’origine de l’appel et que le numéro affiché est légitime.

Le sujet est passé du statut de contrainte opérateur à celui de problème opérationnel pour les annonceurs le 1er janvier 2026, date d’entrée en vigueur de l’essentiel des dispositions de la décision Arcep n° 2025-2215 du 2 décembre 2025 modifiant le plan national de numérotation. Deux mesures changent la donne :

  • les opérateurs de transit et de terminaison doivent bloquer les appels dépourvus d’authentification ou dont la vérification échoue ;
  • tout numéro mobile français (06/07) non authentifié présenté sur un appel provenant de l’étranger doit être masqué — l’abonné voit « numéro masqué » au lieu du numéro affiché.

La justification chiffrée figure dans la décision : près de 18 000 signalements d’usurpation de numéro ont été enregistrés sur la plateforme « J’alerte l’Arcep » entre janvier et décembre 2025. Le régulateur a également porté à 45 jours minimum le délai avant réattribution d’un numéro résilié, pour éviter qu’un numéro encore associé à une campagne ne reparte immédiatement chez un tiers.

L’essentiel en 6 points
  • Décision Arcep n° 2025-2215 du 2 décembre 2025, en vigueur au 1er janvier 2026 (report au 1er janvier 2028 pour Saint-Martin)
  • Le MAN repose sur STIR/SHAKEN et un certificat électronique délivré dans le cadre du dispositif géré par l’APNF
  • Seule l’attestation de niveau A est conforme : les niveaux B et C conduisent au blocage de l’appel
  • Un numéro mobile ne peut pas être affiché comme identifiant d’appelant depuis un système fixe
  • Les PBX et trunks SIP d’entreprise doivent restreindre techniquement les numéros affichables aux seuls numéros autorisés au contrat
  • 18 000 signalements d’usurpation recensés par l’Arcep entre janvier et décembre 2025

Les trois niveaux d’attestation, et le seul qui passe

Quand votre opérateur signe un appel, il y appose un niveau d’attestation qui décrit ce qu’il a réellement vérifié. C’est ce niveau, et lui seul, qui détermine si l’appel arrive.

NiveauCe que l’opérateur attesteConformitéSort de l’appel
A — completIl a vérifié que le client est bien titulaire du numéro affiché, ou autorisé à l’utiliserConformeAcheminé, numéro affiché
B — partielIl connaît le client mais n’a pas validé son droit sur le numéro présentéNon conformeDoit être bloqué
C — minimalIl ne peut rien attester sur l’origine du numéroNon conformeDoit être bloqué

Le point à retenir : l’attestation ne dépend pas de vous mais de la qualité du lien contractuel entre votre opérateur et le numéro affiché. Vous pouvez être parfaitement de bonne foi, avoir loué vos numéros de tracking en bonne et due forme, et voir vos appels bloqués parce que la chaîne d’autorisation n’a pas été déclarée correctement.

Pourquoi le call tracking est en première ligne

Un dispositif de call tracking dynamique repose sur un pool de numéros qui ne sont, presque jamais, attribués directement à l’annonceur. Ils appartiennent au prestataire de tracking, ou à l’opérateur qui les lui fournit. Tant que ces numéros ne servent qu’en réception, la question ne se pose pas : le MAN ne concerne que l’émission.

Le problème apparaît dès que vous rappelez en affichant un numéro de tracking — pratique courante et parfaitement légitime, pour que le prospect reconnaisse le numéro qu’il a lui-même composé, et pour que le rappel soit rattaché à la bonne source dans vos statistiques.

ConfigurationNuméro affichéRisque MAN
Réception seule sur numéro de trackingSans objetAucun
Rappel depuis le standard, affichage du numéro principal de l’entrepriseNuméro attribué à l’entrepriseFaible — attestation A si le trunk est bien déclaré
Rappel affichant un numéro de pool DNI louéNuméro d’un tiersÉlevé sans délégation d’affichage
Rappel affichant un numéro mobile 06/07 depuis un système fixeMobileInterdit — configuration non conforme
Centre d’appels hors de France affichant un mobile françaisMobile FR depuis l’étrangerMasquage automatique depuis le 1er janvier 2026

La dernière ligne mérite qu’on s’y arrête. Beaucoup d’annonceurs français sous-traitent la qualification téléphonique à des plateaux situés hors de France, tout en affichant un numéro français pour préserver le taux de décroché. Depuis le 1er janvier 2026, si ce numéro est un mobile et qu’il n’est pas authentifié, il est masqué. Le taux de décroché d’un appel en numéro masqué se situe très en dessous de celui d’un appel affiché : la performance du plateau s’effondre sans qu’aucun indicateur marketing ne l’explique.

Une baisse brutale et inexpliquée du taux de décroché sur une campagne sortante, sans changement de fichier ni de script, doit faire suspecter un problème d’authentification avant un problème de ciblage.

La délégation d’affichage : le document à réclamer à votre prestataire

La solution existe et elle est normalisée. Lorsqu’un opérateur de départ doit permettre l’affichage d’un numéro qu’il n’a pas lui-même attribué, il passe par une délégation d’affichage, procédure gérée dans le cadre du dispositif APNF. Elle établit la chaîne : attributaire du numéro → titulaire autorisé → opérateur émetteur.

Trois questions à poser, par écrit, à votre prestataire de call tracking et à votre opérateur :

  1. Qui est l’attributaire des numéros de mon pool DNI ? Le prestataire, son opérateur, ou moi ?
  2. Une délégation d’affichage est-elle en place pour permettre à mon opérateur sortant de présenter ces numéros ? Sur quel périmètre, et jusqu’à quelle date ?
  3. Quel niveau d’attestation mes appels sortants portent-ils actuellement ? La réponse doit être « A ». Toute autre réponse, ou l’absence de réponse, est un signal.

Le piège du trunk SIP mal configuré. L’Arcep demande aux opérateurs de restreindre techniquement les numéros que leurs clients peuvent afficher. Si votre standard IP autorise encore la saisie libre d’un identifiant d’appelant, vous êtes dans une configuration que votre opérateur devra fermer. Mieux vaut auditer la liste blanche avant qu’elle ne soit imposée en urgence.

Cinq symptômes qui signalent un problème d’authentification

Ces signaux sont visibles dans vos données de call tracking avant d’être remontés par votre opérateur :

  • Chute du taux de décroché sortant sur une campagne stable, sans modification du fichier ni des horaires d’appel.
  • Écart croissant entre appels tentés et appels connectés dans les journaux de votre solution, avec des durées nulles.
  • Retours terrain de prospects déclarant avoir vu « numéro masqué » alors que votre configuration affiche un numéro.
  • Rappels non rattachés à la source dans vos rapports d’attribution, parce que le numéro affiché a changé silencieusement pour un numéro de repli.
  • Disparités géographiques inexpliquées, typiquement une performance normale depuis un site français et dégradée depuis un site à l’étranger.

Ces symptômes se lisent d’autant mieux qu’on dispose d’un historique propre. C’est l’intérêt d’instrumenter la sortie autant que l’entrée, comme nous le détaillons dans notre article sur le seuil de durée minimale d’un appel considéré comme conversion.

Le plan de vérification en six points

  1. Inventoriez les numéros affichés en sortie, campagne par campagne et site par site. La plupart des annonceurs découvrent à cette étape des numéros affichés qu’ils ne savaient pas utilisés.
  2. Éliminez tout affichage de mobile depuis un système fixe. C’est non conforme, quelle que soit la délégation.
  3. Obtenez par écrit le niveau d’attestation de vos flux sortants auprès de votre opérateur.
  4. Faites établir ou renouveler les délégations d’affichage pour chaque numéro de pool que vous présentez en sortie.
  5. Verrouillez la liste blanche du trunk SIP aux seuls numéros autorisés, et documentez-la.
  6. Ajoutez le taux de décroché sortant à vos alertes hebdomadaires, avec segmentation par site émetteur. C’est le seul indicateur qui détecte un masquage avant que le mois ne soit perdu.

Ce chantier technique arrive au moment où le cadre juridique de la prospection téléphonique s’est lui aussi durci : depuis le 11 août 2026, le consentement préalable est obligatoire avant tout appel de prospection, comme nous l’analysons dans notre article sur le rappel des leads entrants. Les deux sujets sont distincts — l’un porte sur le droit d’appeler, l’autre sur la légitimité du numéro affiché — mais ils se cumulent : un appel parfaitement consenti dont le numéro n’est pas authentifié sera bloqué tout de même.

Deux conséquences stratégiques à en tirer. D’abord, la valeur relative de l’appel entrant augmente encore : il n’est ni soumis au consentement préalable, ni exposé au masquage. Ensuite, les dispositifs qui décrochent à la place de l’équipe, comme un agent vocal en réception, échappent par construction aux deux contraintes — c’est le prospect qui appelle, et aucun numéro n’est présenté. Enfin, pour les acteurs qui achètent leur volume plutôt que de le générer, la conformité du canal fait désormais partie du prix : c’est un point que les places de marché sérieuses documentent, à l’image d’Olead sur la traçabilité du consentement des leads assurance.

La bascule opérée par l’Arcep est saine : elle rend l’usurpation de numéro techniquement difficile. Elle a simplement un effet de bord que peu d’annonceurs ont anticipé — elle sanctionne aussi les usages légitimes mal déclarés. La différence entre les deux ne se joue pas sur l’intention, mais sur un document administratif.